la cuisine du RMI

19 janvier 2007

LA CUISINE DU R.M.I.

Journal gastronomique d’une érémiste

Comment "manger quand même"

avec des repas à 2€ en moyenne et même…

inviter famille et copains, de temps en temps !

Livre de cuisine politique comestible

C’est vrai, quoi « l’argent ne fait pas le bonheur », mais

c’est quand même rudement pratique pour faire…les courses.

        Intégralement remboursé dès le 1er mois d’utilisation

Ils avaient un train de vie correct et du jour au lendemain

c’est la dèche ! c’est la honte !

Ne dit-on pas ravaler sa honte ?

Quand on vous enlève tout, il reste la dignité

Ça se cuisine comment la dignité ? y’a de la sauce avec ?

y’a du rab ?

On ne vous a pas encore coupé le gaz et l’électricité ?

Alors,  jusqu’ici… tout va bien ?

Vous êtes : érémiste, survivant des minima sociaux, chômeur, demi-smicard, nouveau salarié pauvre, étudiant boursier, smicard, vous n’y arrivez plus, vous souhaitez faire des économies…

Nous interrompons un instant notre programme car :

« C’est le moment de la réclame ! »

   "Lundi c’est ravioli !"

"Employeur redonnons un avenir aux érémistes !"

Tomber de haut, amortir la chute, rebondir… 

Les dettes et les factures s’accumulent…

Vous avalez des couleuvres et bouffez de la vache enragée ? 

C’est la fin des haricots, les carottes sont cuites ?

On va manger des clous et danser devant le buffet ?

Fin de mois difficiles…      

Plus un rond ?

Plus de blé ? Plus un radis ? Plus d’oseille ? Plus d’artiche ?

Plus de galette ?

Qu’est-ce qu’on mange ?

Il reste encore une boîte de sardines ?

Super !!!

Vous avez encore un peu de pain pour saucer l’huile ?

Non ? Vous reprendrez bien un bout de brioche ?...

Il est terrible, le petit bruit de l'oeuf dur cassé sur un comptoir d'étain.

Il est terrible ce bruit, quand il remue dans la mémoire de l'homme qui a faim.

Elle est terrible aussi la tête de l'homme, la tête de l'homme qui a faim.

Quand il se regarde à six heures du matin, dans la glace du grand magasin.

Une tête couleur de poussière.

Ce n'est pas sa tête pourtant qu'il regarde, dans la vitrine de chez Potin.

Il s'en fout de sa tête l'homme, il n'y pense pas.

Il songe, il imagine une autre tête.

Une tête de veau par exemple, avec une sauce de vinaigre.

Ou une tête de n'importe quoi qui se mange

et il remue doucement la mâchoire. Doucement.

Et il grince des dents doucement, car le monde se paye sa tête.

Et il ne peut rien contre ce monde.

Et il compte sur ses doigts un deux trois, un deux trois.

Cela fait trois jours qu'il n'a pas mangé

et il a beau se répéter depuis trois jours:

Ça ne peut pas durer. Ca dure.

Trois jours. Trois nuits. Sans manger.

Et derrière ces vitres, ces pâtés, ces bouteilles, ces conserves.

Poissons morts protégés par les boîtes.

Boîtes protégées par les vitres.

Vitres protégées par les flics.

Flics protégés par la crainte.

Que de barricades pour six malheureuses sardines...

Un peu plus loin le bistrot, café crème et croissants chauds.

L'homme titube et dans l'intérieur de sa tête, un brouillard de mots.

Un brouillard de mots.

Sardines à manger.

Oeuf dur café crème.

Café arrosé rhum.

Café crème, café crème.

Café crime arrosé sang !...

Un homme très estimé dans son quartier a été égorgé en plein jour.

L'assassin, le vagabond lui a volé deux francs.

Soit un café arrosé, zéro franc soixante-dix.

Deux tartines beurrées et vingt-cinq centimes pour le pourboire du garçon.

Il est terrible le petit bruit de l'oeuf dur cassé sur un comptoir d'étain.

Il est terrible ce bruit quand il remue dans la mémoire de l'homme qui a faim.

Jacques Prévert

C'était vers 1936 que vous écriviez ces mots, mon cher Jacques…

2006, le monde n'a pas progressé, mon cher Jacques…

Les gueux ont toujours faim.

2006, le monde a régressé, mon cher Jacques…

1936, vos camarades se battaient pour un monde meilleur, mon cher Jacques…

2006, on rase gratis… toutes les acquis sociaux, mon cher Jacques…

Soixante dix ans après, les gueux ont toujours faim.

Chômage de masse, crise économique, montée des mouvements fascistes, arbitraire patronal, division et déliquescence politiques, les 200 familles…1936 / 2006…

"Tout est possible" disiez-vous, mon cher Jacques….

Les gueux ont toujours faim…                         

A mon grand père: René Nédélec, qui s'est battu (avec d'autres...) pour nos acquis sociaux et qui doit faire des loopings dans sa tombe, en voyant ce que ses petits enfants laissent démolir...

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portrait de la cuisinière

Je crois que j’aime les cuisines plus que tout autre endroit au monde. Peu importe où elles se trouvent et dans quel état elles sont, pourvu que ce soient des endroits où on prépare des repas, je n’y suis pas malheureuse. Si possible, je souhaiterais qu’elles soient fonctionnelles, et lustrées par l’usage. Avec des tas de torchons propres et secs, et du carrelage d’une blancheur éblouissante. Mais une cuisine affreusement sale me plaît tout autant. Ce lieu où traînent des épluchures de légumes, où les semelles des chaussons deviennent noires de crasse, je le vois étrangement vaste. Un énorme réfrigérateur s’y dresse, rempli de provisions suffisantes pour tenir facilement tout un hiver, et je m’adosse à sa porte argentée. Parfois je lève distraitement les yeux de la cuisinière tachée de graisse ou des couteaux rouillés : de l’autre côté de la vitre brillent tristement les étoiles. Restent la cuisine et moi. Cette idée me semble un peu plus réconfortante que de me dire que je suis toute seule. Quand je suis vraiment épuisée, je songe avec enchantement qu’au moment où la mort viendra, j’aimerais pousser mon dernier soupir dans une cuisine. Seule dans le froid, ou au chaud auprès de quelqu’un, je voudrais affronter cet instant sans trembler. Dans une cuisine, ce serait idéal.

début d'un merveilleux livre...

de Banana Yoshimoto

« Kitchen »  ed. Gallimard

Traduit du japonais

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boite_de_sardine4_0006

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Posté par olga loukoum à 22:11 - Commentaires [0] - Permalien [#]